Économie

RDC : MIBA, PEJAB, terrils du Katanga… Les soupçons de détournement qui mettent à l’épreuve la gouvernance sous Tshisekedi

En République démocratique du Congo, plusieurs affaires de présumés détournements de fonds publics alimentent les interrogations sur la gouvernance sous Félix Tshisekedi. De la relance controversée de la MIBA au Kasaï-Oriental aux accusations visant la gestion des financements du PEJAB par le ministre Muhindo Nzangi, en passant par les soupçons autour des terrils miniers du Katanga faisant l'objet d'une enquête en Belgique, ces dossiers mettent en lumière les défis de transparence et de redevabilité. Entre contrôles de l'IGF, interpellations parlementaires et procédures judiciaires, l'article examine les limites de la lutte contre la corruption et l'exigence de résultats dans la gestion des ressources publiques.

RDC : MIBA, PEJAB, terrils du Katanga… Les soupçons de détournement qui mettent à l’épreuve la gouvernance sous Tshisekedi

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Du diamant de la Société minière de Bakwanga (MIBA), au Kasaï-Oriental, aux millions de dollars destinés à l'entrepreneuriat agricole à Kinshasa, en passant par les résidus miniers du Katanga au cœur d'une enquête judiciaire en Belgique, les affaires de présumés détournements de fonds publics se multiplient en République démocratique du Congo. À mesure que les dossiers émergent, une même interrogation revient : où vont les ressources mobilisées au nom du développement du pays ?

Sous les deux mandats de Félix Tshisekedi, l'Inspection générale des finances (IGF) multiplie les alertes, le Parlement réclame des comptes et certaines affaires franchissent désormais les frontières nationales. Entre accusations politiques, enquêtes administratives et procédures judiciaires, ces différents dossiers mettent en lumière les difficultés persistantes liées à la gestion et à la traçabilité des deniers publics.

MIBA : le symbole d'un fleuron minier en quête de renaissance

Longtemps considérée comme le poumon économique du Kasaï-Oriental, la Société minière de Bakwanga (MIBA) n'est plus que l'ombre de son passé. Autrefois moteur de l'activité économique de Mbuji-Mayi grâce à l'exploitation du diamant, l'entreprise traverse depuis plusieurs années une crise profonde, marquée notamment par la faiblesse de sa production et les difficultés sociales de ses travailleurs.

C'est dans ce contexte que la question de sa relance a fait naître de nouvelles controverses. En décembre 2024, le président Félix Tshisekedi annonce une enveloppe de 50 millions de dollars américains destinée à la recapitalisation de l'entreprise. Pourtant, plusieurs mois après cette annonce, l'absence de résultats tangibles sur le terrain suscite l'impatience de la société civile et alimente les interrogations sur l'utilisation des fonds.

Deux dossiers viennent particulièrement illustrer ces préoccupations.

Le premier concerne le gouverneur du Kasaï-Oriental, Jean-Paul Mbwebwa Kapo. En mai 2025, l'Assemblée provinciale engage une procédure de mise en accusation à son encontre pour un présumé détournement de près de 2,5 millions de dollars destinés au projet de relance de la MIBA. Contestant les accusations, le gouverneur saisit la Cour constitutionnelle et dénonce une démarche à caractère politique.

Dans le même dossier, le député national Serkas Kasanda interpelle le ministre du Portefeuille au sujet d'un autre présumé détournement de 2,1 millions de dollars lié au financement du projet.

À ces controverses s'ajoute la situation préoccupante de l'Office des voies de desserte agricole (OVDA) au Kasaï. Le chef de division des finances de cette structure aurait présenté sa démission en dénonçant la disparition des fonds destinés au paiement des organisations locales. « Le compte bancaire de l'OVDA/Kasaï est vide », aurait-il déclaré, évoquant des ressources dont la destination reste à éclaircir.

Alors que les agents de la MIBA continuent de subir les conséquences de la crise de l'entreprise, notamment à travers les retards de paiement signalés depuis janvier 2026, la question de la gestion des financements publics demeure entière. La relance annoncée du géant diamantifère tarde ainsi à se traduire en changement concret pour ses travailleurs et pour l'économie locale.

PEJAB : 57 millions de dollars au cœur de la controverse parlementaire

À Kinshasa, un autre dossier cristallise les tensions entre le gouvernement et la représentation nationale. Le ministre d'État en charge de l'Agriculture et de la Sécurité alimentaire, Muhindo Nzangi Butondo, est confronté à une motion de défiance déposée le 23 octobre 2026 par la députée nationale Ermonde Bolombé Bakando, élue de Mont-Amba.

Au centre de cette initiative parlementaire : la gestion des financements du Projet d'entrepreneuriat des jeunes dans l'agriculture et l'agro-business (PEJAB), soutenu par la Banque africaine de développement (BAD).

La députée évoque un présumé détournement de 57 millions de dollars américains, correspondant à l'enveloppe initialement mobilisée pour ce programme censé favoriser l'insertion économique des jeunes à travers l'entrepreneuriat agricole.

Lors de la question orale avec débat du 21 octobre, Ermonde Bolombé a notamment demandé au ministre de justifier l'utilisation des ressources engagées, en mettant l'accent sur le nombre de jeunes effectivement financés, les entreprises créées et les résultats obtenus dans les provinces pilotes.

En réponse, Muhindo Nzangi a assuré que les fonds étaient disponibles et que le processus de financement se poursuivait progressivement, au fur et à mesure de la présentation des plans d'affaires par les bénéficiaires. Le ministre a également avancé le chiffre de 1 107 jeunes déjà financés.

Mais les explications du gouvernement ont été suivies d'une mise au point de la Banque africaine de développement. Dans une note détaillée, l'institution financière précise que, sur les 40 millions d'unités de compte du prêt, soit environ 57 millions de dollars américains, 32,7 millions avaient été décaissés. Sur ce montant, 12,93 millions avaient été transférés à la Banque centrale du Congo, tandis que 7,27 millions avaient été annulés faute d'engagement.

La BAD estime ainsi que l'allégation de détournement est « non fondée », selon un document transmis au ministre.

Cette clarification apporte un éclairage important au débat, sans pour autant dispenser les autorités congolaises de fournir des explications détaillées sur l'exécution du projet et les résultats effectivement obtenus sur le terrain.

À ce stade, les accusations portées contre le ministre demeurent des allégations parlementaires qui nécessitent des éléments de preuve. Elles ne sauraient être assimilées à une constatation judiciaire de détournement.

Lualaba et Haut-Katanga : des soupçons qui dépassent les frontières congolaises

Dans le sud-est du pays, les ressources minières du Lualaba et du Haut-Katanga se retrouvent également au centre de controverses portant sur la gestion du patrimoine public.

Sur le plan national, le ministre des Mines, Louis Watum Kabamba, a décidé, le 21 octobre 2026, de suspendre le directeur général du Service d'assistance et d'encadrement de l'exploitation minière artisanale et à petite échelle (SAEMAPE), ainsi que son directeur provincial du Lualaba. Cette décision intervient dans un contexte de soupçons de manquements et de complicité présumée dans des activités d'exploitation minière illicite au sein de concessions minières.

Mais c'est en Belgique que l'un des dossiers les plus sensibles prend une dimension internationale.

Le 8 juillet 2025, plusieurs organisations de la société civile katangaise, accompagnées de quatre anciens dirigeants de la Gécamines, ont déposé une plainte auprès du parquet fédéral belge. Neuf membres de la famille présidentielle, présentés comme étant de nationalité belge, sont visés par des accusations présumées de blanchiment d'argent et de détournement de fonds publics.

Selon les plaignants, un système présumé aurait permis à des proches du pouvoir de prendre le contrôle de résidus miniers, communément appelés terrils, situés dans le Lualaba et le Haut-Katanga, à travers des opérations d'attribution à des prix jugés symboliques.

L'enquête menée en Belgique a notamment donné lieu à des perquisitions et à des démarches visant à obtenir des relevés bancaires afin d'examiner les mouvements financiers susceptibles d'être liés aux opérations dénoncées.

Il convient toutefois de distinguer les actes d'enquête des conclusions judiciaires. Une perquisition ne constitue ni une inculpation ni une condamnation. Les personnes mises en cause bénéficient, à ce stade, de la présomption d'innocence et les faits dénoncés doivent encore être établis par la justice.

Sous Tshisekedi, la lutte contre la corruption face à l'épreuve des résultats

La multiplication de ces dossiers pose inévitablement la question de l'efficacité des mécanismes de contrôle et de lutte contre la corruption sous la présidence de Félix Tshisekedi.

L'un des premiers grands symboles de cette problématique reste le procès des « 100 jours », qui avait mis en lumière de graves irrégularités présumées dans la gestion des fonds publics affectés aux projets d'infrastructures. Plus de 50 millions de dollars américains avaient notamment été évoqués dans cette affaire, dans laquelle Vital Kamerhe, alors directeur de cabinet du chef de l'État, avait été condamné en première instance avant d'être acquitté en appel.

Ce procès avait suscité de nombreux espoirs quant à la volonté des nouvelles autorités de rompre avec les pratiques de mauvaise gouvernance. Il avait également révélé l'ampleur des difficultés liées au contrôle des dépenses publiques et à la récupération des ressources éventuellement détournées.

Dans cette dynamique, l'Inspection générale des finances, sous la direction de Jules Alingete, s'est imposée comme l'un des principaux instruments de contrôle de la gestion publique. Ses audits et ses investigations ont régulièrement mis en évidence des irrégularités dans plusieurs secteurs de l'administration.

Cependant, une question demeure : que deviennent les rapports de contrôle une fois les irrégularités dénoncées ? Les recommandations de l'IGF débouchent-elles systématiquement sur des poursuites judiciaires, des sanctions et, surtout, sur la restitution des fonds publics concernés ?

C'est précisément sur ce terrain que la politique de lutte contre la corruption est attendue. La dénonciation des pratiques irrégulières constitue une première étape, mais elle ne saurait remplacer les poursuites, les décisions judiciaires et la récupération effective des ressources de l'État.

En octobre 2026, de nouvelles révélations du média Africa Intelligence sont venues alimenter les interrogations sur la gestion des finances publiques. Le média évoque notamment 122,3 millions de dollars consacrés aux déplacements présidentiels en 2025, ainsi que des versements de plusieurs millions de dollars à des fondations liées à la famille présidentielle.

La Banque centrale du Congo a contesté l'origine officielle des chiffres avancés. En l'absence d'un examen complet des pièces justificatives et d'éléments probants établissant une infraction, ces informations ne permettent pas, à elles seules, de conclure à un détournement.

Elles relancent néanmoins le débat sur la transparence des dépenses publiques, les mécanismes de contrôle et l'obligation de rendre compte de l'utilisation des ressources nationales.

La transparence, un impératif pour restaurer la confiance

De la MIBA au PEJAB, en passant par les ressources minières du Lualaba et du Haut-Katanga, ces différentes affaires révèlent une problématique commune : la difficulté de garantir une traçabilité suffisamment transparente des fonds publics et des ressources stratégiques de la République démocratique du Congo.

Le Parlement, à travers ses interpellations et ses motions de défiance, l'Inspection générale des finances, par ses missions de contrôle, ainsi que les institutions judiciaires, nationales et étrangères, sont appelés à jouer pleinement leur rôle.

Il serait toutefois prématuré de considérer les accusations évoquées dans ces dossiers comme des faits judiciairement établis. Les responsabilités doivent être déterminées à l'issue de procédures régulières, sur la base de preuves vérifiables et dans le respect des droits de toutes les personnes concernées.

Mais au-delà des batailles politiques et des procédures judiciaires, une question fondamentale demeure : comment expliquer que des projets annoncés à coups de millions de dollars peinent parfois à produire des résultats visibles pour les populations auxquelles ils sont destinés ?

Élu en 2019, puis réélu en 2023 sur un discours faisant notamment de la lutte contre la corruption et de la rupture avec les anciennes pratiques de gouvernance des priorités de son action, Félix Tshisekedi est désormais confronté à une exigence de résultats.

Car la crédibilité d'une politique de lutte contre la corruption ne se mesure pas uniquement au nombre d'audits réalisés ou de scandales révélés. Elle se mesure aussi à la capacité de l'État à établir les responsabilités, sanctionner les infractions prouvées et récupérer les ressources détournées.

Pour la RDC, l'enjeu dépasse donc les différentes affaires qui agitent l'actualité. Il touche à la confiance des citoyens envers leurs institutions et à la capacité de l'État à transformer ses immenses ressources en véritables leviers de développement.

Portrait de Glody fala

Auteur

Rédacteur en chef

La rédaction de Mboka Media couvre l’actualité de la RDC, de l’Afrique et de ses diasporas.

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